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Le bilinguisme: une double identité linguistique que la société devrait accepterLe bilinguisme: une double identité linguistique que la société devrait accepter
News  ¦  22/05/2012  ¦  Frankreich Frankreich

J'ai eu la chance de vivre et de travailler pendant de nombreuses années dans au moins trois pays: la France, mon pays d'origine dans lequel j'ai fait toutes mes études universitaires, les Etats-Unis où j'ai accompli douze années de recherche, et la Suisse, mon pays de résidence depuis vingt-cinq ans. Cette vie imprégnée de langues et de cultures différentes, et jalonnée de nombreuses recherches et publications, m'a permis de mieux comprendre ce qu'est le bilinguisme.

J'ai été frappé par les mythes qui entourent cette réalité, certains étant plus universels que d'autres. Ainsi, une idée très répandue veut que le bilinguisme soit assez rare. En fait, on estime qu'environ la moitié de la population du monde est bilingue et qu'elle se répartit à la fois dans les pays dits bi- ou multilingues (exemple avec la Suisse ou l'Inde) mais aussi dans les nations libellées "monolingues" (comme la France ou l'Allemagne).

Un deuxième mythe veut que la personne bilingue possède une maîtrise parfaite et équivalente de ses différentes langues. En réalité, à cause du principe de complémentarité qui souligne que les langues de la personne bilingue se distribuent dans des domaines sociaux différents, ainsi que dans des activités et situations diverses, il est rare qu'une telle maîtrise soit atteinte dans toutes les langues. Il s'ensuit ainsi que de nombreux bilingues sont dominants dans une langue et qu'ils possèdent également un accent étranger lorsqu'une langue a été acquise tardivement. Cela n'a nullement empêché Joseph Conrad, par exemple, écrivain de langue anglaise, de devenir l'un des auteurs les plus respectés du monde anglo-saxon, malgré son fort accent polonais!

C'est en reconnaissant cette réalité sociolinguistique et discurvise que les chercheurs ont peu à peu changé leur définition de la personne bilingue; elle n'est plus basée essentiellement sur l'aisance que le bilingue possède dans ses langues (ou dialectes) mais sur l'utilisation régulière de celles-ci dans la vie quotidienne.

Parmi d'autres mythes qui entourent le bilinguisme, énumérons les suivants: le bilingue acquiert ses langues dans sa jeune enfance (en fait, on peut devenir bilingue à tout âge), le bilingue est un traducteur-né (le principe de complémentarité fait que cela est rarement le cas), et tout bilingue est également biculturel. En réalité, on peut être bilingue sans être biculturel (il n'y a qu'à penser à tous ceux qui emploient l'anglais comme langue internationale sans jamais avoir vécu dans un pays anglo-saxon), comme on peut être biculturel sans être bilingue (exemple: le Français qui habite la Wallonie depuis de nombreuses années).

En ce qui concerne les enfants bilingues, les idées fausses abondent tout autant. La première veut que le bilinguisme précoce retarde l'acquisition du langage. Ceci est inexact, les grandes étapes d'acquisition (babillage, premiers mots, premières phrases, etc.) étant atteintes aux mêmes moments chez les enfants monolingues et bilingues. A cette crainte s'ajoute celle que l'enfant bilingue ayant un trouble du langage ne puisse pas faire face à cette difficulté si on cherche à maintenir son bilinguisme. Il s'ensuit que de nombreux professionnels (médecins, orthophonistes, éducateurs, etc.) conseillent aux parents d'abandonner une des langues de l'enfant, notamment la langue minoritaire. Or, les travaux de chercheurs tels que Johanne Paradis au Canada montrent qu'il n'y a aucun lien entre bilinguisme et troubles du langage.

Existe aussi la crainte que le bilinguisme affecte négativement le développement cognitif des enfants possédant deux ou plusieurs langues. Or nous savons maintenant, grâce notamment aux travaux d'Ellen Bialystok et son groupe, également au Canada, que c'est l'inverse qui est vrai. C'est l'enfant bilingue qui justement montre une supériorité par rapport à l'enfant monolingue en ce qui concerne l'attention sélective, la capacité à s'adapter à de nouvelles règles, et les opérations métalinguistiques. Ces avantages cognitifs chez les bilingues se font d'ailleurs sentir tout au long de la vie et retardent même l'arrivée de la démence chez certaines personnes âgées bilingues.

A ces nombreux mythes qui entourent le bilinguisme -et il y en a bien d'autres tels que ceux qui touchent à l'alternance rapide des langues à l'intérieur des échanges- il faut ajouter des attitudes qui sont souvent spécifiques aux différentes cultures. Ainsi, en France, sans doute à cause de notre attachement à la notion d'Etat-nation à laquelle est associée une seule langue nationale, on a trop longtemps découragé, sinon interdit, les langues minoritaires et par ce fait le bilinguisme. La situation évolue graduellement depuis quelques années (voir les programmes d'éducation bilingue -encore trop peu nombreux- où le français est associé au corse, à l'occitan ou à l'alsacien, par exemple), mais toutes les langues minoritaires ne reçoivent pas le même soutien, notamment les langues de la migration récente. Or, les effets positifs du bilinguisme s'appliquent à TOUS les types de bilinguisme, que ce soit un bilinguisme plus traditionnel (français-anglais, français-alsacien) ou un bilinguisme plus récent (français-arabe ou français-wolof).

Alors que dans certains pays on accepte l'expression de son propre bilinguisme dans la sphère publique (le président Barack Obama n'a-t-il pas parlé indonésien lors d'un récent voyage en Indonésie?), cela ne va pas de soi en France. Or il existe en France de nombreux bilingues qui souhaiteraient que l'on reconnaisse leur double identité linguistique dans la sphère sociale. Certes, les choses évoluent et on peut même imaginer qu'un jour un ministre ou un autre personnage d'Etat issu d'une minorité linguistique voudra bien émettre, en public, quelques mots de son autre langue (comme l'a fait Barack Obama), et ainsi faire valoir sa diversité linguistique et culturelle, sans que cela soit pris comme un reniement de son identité française. Un grand pas serait alors accompli dans la reconnaissance et l'acceptation de la diversité linguistique de notre pays et de la présence d'un bilinguisme actif et positif.

Source: Le Huffington Post

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Biljana Srbljanovic Serbia

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